Ecriture(s)

Un roman, quelque que soit le génie de son auteur, existe-t-il si personne ne le lit ? Le roman prend la couleur de celui qui le lit. Celui qui lit est le véritable auteur, subjectif. Sans lui, pas de roman. D’ailleurs (disait Roland Barthes) ce n’est pas l’auteur qui parle, c’est la langue.

Nous avons comme nécessité de jouer nos spectacles face à des assistances de spectateurs, de populations, de gens, voire de peuplades. Le mot n’est choisi par hasard. Nous offrons l’œuvre, ils en sont les lecteurs. Ils se doivent de s’emparer subjectivement du sens qui languit. Alors « ça » circule entre nous tous.

Ecrire, quand on fait du théâtre, est une mécanique focale.
Parce que c’est celle de l’auteur, certes, mais aussi celle du metteur en scène, de l’acteur et de tous ceux qui affrontent la scène comme le lieu des signes, des indices, des symboles, des gestes et des mythes… en mouvements.

Dérézo, depuis ses débuts, s’acharne à faire du plateau un creuset de questions tendues pour les écrivains. On y parle de langues, de langages, d’écritures. Mais aussi de sémiotique, de codes, de gammes, de partitions, de style.

Nous avons choisi de travailler avec ceux qui écrivent aujourd’hui. C’est-à-dire ceux qui, parce qu’ils sont vivants, posent un regard politique sur l’époque et ceux qui la vivent. Les compagnonnages n’ont cessé depuis la création de la compagnie : Christian Prigent, Roland Fichet, Gilles Aufray, Ricardo Montserrat, Paol Keineg, Alexandre Koutchevsky, Laurent Quinton, Lisa Lacombe, Marine Bachelot, Juliette Pourquery de Boisserin, Régis Jauffret, Charles Pennequin...

Les langages de la scène entretiennent toujours une relation privilégiée avec la parole. Dans cette relation naît une théâtralité de la transversalité qui structure les recherches et les spectacles de la compagnie.
Quand il s’agit de travailler avec des artistes de disciplines très différentes, il faut agencer, rythmer, musicaliser, syntaxer la représentation pour qu’elle crache enfin ses possibles.
Les langages, les écritures, les graphes sont alors de tous corps : voix, images, vidéos, plastiques, sonores, somatiques, visuels, textuels…