Technologie

Notre époque, parce qu’elle se gorge de technique, semble à chaque instant se simplifier. Les méandres des enjeux et des rapports de forces, qu’ils soient politiques ou économiques, ont définitivement des conséquences sur l’art – on pourrait aussi dire « ont des conséquences définitives sur l’art ». Ce qui, insidieusement, place l’art en addict d’une société technophile.

Nous sommes en relation quotidienne avec des écrans alors que nos grands-parents ont vécu sans. Les images du quotidien sont perverses car elles ont été vidées en cinquante ans de leur possibilité critique. Elles sont l’instrument d’un marketing forcené qui n’hésite plus à afficher son populisme ou ses idéologies de la haine, tout en délégitimant celui qui veut penser, celui qui veut résister, celui qui veut prendre le temps de son libre arbitre.

Dans le flot des processus numériques quotidiens qui nous assaillent, nous en venons à penser par « cadre ». C’est le cadre de la « fenêtre » de l’ordinateur, celui de la télévision, celui du téléphone portable ou de l’ordinateur de poche tactile, celui de l’écran géant pour l’enterrement de telle personnalité…
Le numérique est ludique dans la voiture, dans la machine à laver, dans la maison domotique, dans l’achat du billet de train… Il est partout et surtout il est tout le temps : au travail, en vacances ou pour les photos de la nouvelle maison. Nos outils ont changé. Nos comportements évoluent en conséquences, nos corps aussi, nos rapports certainement.

Depuis quelques années certains travaux de Dérézo se sont orientés, sous la direction du metteur en scène Charlie Windelschmidt, sur la possibilité d’une image vidéo pour le théâtre.
Une image qui ne soit pas de la télé ou du cinéma en scène : une image pour l’acteur, avec l’acteur, une image-théâtre contemporaine, non aliénée au web ou au clip.
Nous avons aujourd’hui la conviction de cette image quand elle sait convoquer les instances canoniques du théâtre et qu’elle ne suffit pas. C’est-à-dire qu’il lui en manque. Notamment lorsqu’elle convoque un hors-champ qui ne se désolidarise pas de l’acteur, du texte, du sens ou plus simplement de la représentation elle-même.
Elle aussi est esthétique, donc politique.

Par extension nous avons choisi de placer l’acteur comme « pilote » potentiel de sa destinée scénique. Une sorte d’acteur volant entre les genres et les disciplines, un traceur de trajectoires entre les signes : un sémionaute. Pour cela nous avons mené plusieurs temps de recherche sur la possibilité d’intervention de l’acteur en direct sur les données son, lumière et vidéo, notamment trois stages conventionnés AFDAS en Bretagne entre 2004 et 2007. Ces travaux ont consisté à développer des réflexes techniques avec des jeux de capteurs et caméras très variés...

Dans la suite de ces explorations, Virthéâ est une création-recherche menée par Dérézo, avec le Centre Européen de Réalité Virtuelle du Technopôle de Brest-Plouzané.
Ce chantier, soutenu par le DICRéAM, s’articule en plusieurs phases d’élaboration et d’expérimentations publiques de 2009 à 2011, en parallèle d’un programme de recherche scientifique du CERV.