Transversalité

Forts de nos expériences obliques, nous avons souvent constaté que faire du théâtre c’était s’adresser moins à un public uniforme qu’à des groupes de spectateurs. Les moments et les lieux de forte mixité sont rares. On joue souvent pour une tribu, ou deux. Elle a ses accointances cette tribu, ses habitudes, sa vision du scandale, sa volonté d’exister en tant que peuplade P. Elle est chez elle. Elle veut bien voir tant qu’elle ne perd pas sa place, sinon elle ne voit plus, elle disparaît, et le spectacle avec.

Notre réalité c’est l’action. Elle-même souvent liée à la parole, à l’écriture aussi. Une action donc, rendue possible par la création d’outils d’intervention chaque fois renouvelés.
La première attestation en sont les partenariats multiples créés avec des structures très hétérogènes : festivals, associations de quartiers, scènes nationales, collectivités territoriales, organisations citoyennes, compagnies amies…

Par exemple, à l’occasion de notre association avec le Théâtre et le Festival de Poche de Hédé (2007-2009), plusieurs modes de présence ont été éprouvés, plusieurs types d’action : du spectacle au stage, de l’intervention à la lecture…

Dérézo a choisi de faire circuler ses spectacles d’un réseau à un autre : de l’associatif au privé, du public à l’intime, du citoyen à l’institutionnel, de la ville à la campagne, de la cave au grenier, du jeune au vieux, du politique au poétique… Autant de gens, de regards, de pertinences qui aiguisent notre « être ici ».

La transversalité, c’est cette attitude qui consiste à décloisonner le potentiel créateur en le projetant partout : sur scène, en intérieur, en extérieur, dans la rue, pour beaucoup de monde, pour peu de monde, en formes brèves comme en d’autres formes, en disciplines variées, en réseaux antinomiques, en spectacles vivants donc mobiles… c’est être polyphonique avec des partenaires.

Si nous sommes transversaux, nous travaillons alors à offrir notre diversité à la diversité de ceux qui peuvent la recevoir.
Pour cela nous devons cultiver l’art d’être ici et celui de dire « je ».
Nous devons prendre le risque de tracer les signaux qui nous permettrons d’être lus, ici comme ailleurs.
Si nous sommes lus nous existons.
Si nous existons nous pouvons piocher à notre liberté.