Politique

La Compagnie Dérézo déploie depuis sa création des outils d’intervention et de partage artistiques différents. Nos spectacles explorent autant le poétique, le forain, la forme brève, que la performance, la musique, le masque ou le théâtre de rue. Les cloisonnements ne nous intéressent pas. Les populations sont différentes, les architectures de jeu aussi.
Cela nous amène à fabriquer des formes de représentation aux rapports singuliers aux textes, à la parole, à l’espace et aux corps. Nous ne souhaitons pas démissionner de notre responsabilité civique. Nous sommes dans la Cité donc nous faisons un théâtre d’art et de service public.
Pour cela, Dérézo se distingue des racolages socioculturels et des stratégies commerciales de subsistance et/ou d’oppression. Nous revendiquons la possibilité de partage de la pensée, du mystère et du poétique à l’endroit d’un théâtre d’art. Et ceci en dehors des habitudes culturelles niveleuses qui font école aujourd’hui. Le plateau de théâtre est le lieu où l’on aiguise son sens critique, où l’on affronte ce que l’on ne peut comprendre.

De grandes questions citoyennes ont concrètement amorcé certaines de nos créations : par exemple « Qu’est-ce que la laïcité ? » ou bien « Quelle place pour l’artiste dans la Cité contemporaine ? ».
L’écriture engagée d’auteurs contemporains, comme Pier Paolo Pasolini, Jan Fabre, Edward Bond, Régis Jauffret, Cristian Prigent, ou Charles Pennequin, a servi de pied d’appel à des œuvres interpellant chaque spectateur-citoyen.

Les formes spectaculaires sont hétérogènes : spectacle-débat (1901-2001, 1905-2005, 1968-2008), théâtre-cabaret itinérant (Kabarê Solex ou Kabarê Flottant sur le Canal de Nantes à Brest), performances de rue (Un trou dans la ville, Paper Men, Les Habitants), recherche technologique (Virthéâ), Tempêtes d’aprés Shakespeare… Et les tournées nous mènent en Bretagne, en France ou à l’étranger.

Parce que le théâtre est le coin du peuple, des citoyens, de la horde ; le théâtre (de rue, de cave, ou de salle...) se doit d’être le lieu du politique. C’est-à-dire du rapport entre le pouvoir et cette population. Il ne l’est pas. Il ne l’est plus. Ou trop peu...
Il y a une violence inhérente à l’acte théâtral, une violence choisie, presque obligatoire, et que nous passons sous silence. A savoir : que le théâtre ne démissionne pas de son regard intime sur notre époque, qu’il ne soit pas le lieu du divertissement. Et c’est cela précisément qui crée, comme pour nous sauver, les conditions d’une violence.

Nous avons décidé que notre théâtre ne se love pas dans le divertissement, ni même dans ses insidieuses formes dérivées. Et cela n’ampute à personne ni le plaisir, ni la fête, ni l’humour. Ce que met en marche notre théâtre ne peut être mis en marche que par lui et il peut tout perdre à tout moment. C’est cela aussi qui est violent.
Il y a un théâtre malade parce qu’il n’agite rien ; pas même un « drapeau en guise de raisonnement ». Il se dit de divertissement, il est apolitique : la voie est libre à l’oppression sous le prétexte du plaisir reposant à ne plus penser.
Le contraire de la violence ce n’est pas la douceur, mais la pensée.