Formes

Dérézo, compagnie polymorphe, s’enthousiasme depuis ses débuts de ce genre mutant : le théâtre.
Il en sort, depuis 2000, des formes spectaculaires contemporaines sachant accueillir la multitude des disciplines que peut recevoir la scène.

Comédiens, plasticiens, sculpteurs, chorégraphes, peintres, danseurs, auteurs, scénographes, metteurs en scène, musiciens… ces créateurs de tous horizons explorent, au cœur de la compagnie, la question de l’art : de rue, du poétique, du forain, de la forme brève, de la musique, du masque, de l’objet, du cabaret, de l’écriture ou de la performance…

Le Théâtre est l’établi de toutes les tentatives : celles, cruciales, de dire ce qui passe par l’époque, dedans comme dehors. Celle, plus exigeante, du texte donc de la parole, donc du corps. Intime.

L’art n’a pas de place, c’est-à-dire qu’il peut être partout.

Quand Dérézo crée Un Trou dans la ville – performance en milieu urbain – il s’agit de tenir la promesse d’être non pas dans la rue, mais à la rue, comprenez là où ça se mélange : les vieux, les chiens, les jeunes, les riches, les d’ici, les d’ailleurs, les pauvres… en un mot : la Cité.
Quand Dérézo crée le Kabarê Solex – spectacle nomade à ciel ouvert à dos de Solex – il s’agit d’être à la fête et sur un territoire réinvesti de notre exigence artistique.
Quand Dérézo crée Bête de style – pièce poétique et politique de Pasolini – il s’agit de sonder, à travers une écriture contemporaine, la place de l’artiste dans notre société.
Quand Dérézo crée Les Habitants – Fiction urbaine – c’est pour mieux tromper la ville en tordant le réel, pour témoigner aussi que la ville est mise en scène par les communicants et urbanistes plus, hélas, que par les citoyens eux même. Que la réalité n’existe pas puisque c’est nous qui la fabriquons. La réalité est une fiction comme les autres.

Notre exigence, c’est de prendre la Cité comme terrain de jeu, non comme scène. Donc agir en inventant des formes, des présences, des rapports, des outils, qui en découlent. Des relations.

L’hétérogénéité des présences, c’est le grand écart du réel.
Nous naviguons sans vergogne d’un art vivant à l’autre, curieux de fabriquer les formes qui questionnent, et questionneront, notre époque. Notre relation à cette époque et à ceux qui vivent dedans. Nous revendiquons cette différence.

Nous créons au présent : prendre la parole.
Nous créons du réel : nous mélanger au monde.
Nous créons par refus : la réalité ne se subit pas, elle est à inventer.

Réenchantons les formes.