Frontière

D’où venons nous ? Où sommes-nous ? Où allons-nous ?
Trois questions en accroche-cœur, qui alimentent les tribulations de notre implantation exigeante sur le territoire Breton.
Nos tournées vont à la rencontre de l’autre : l’étranger qui nous regarde.
Nous revendiquons les frontières, parce qu’il y a des mondes à distinguer.
Le théâtre a le sien.

Si les cloisons entre les arts n’étaient pas poreuses (certains en rêveraient pourtant), quelle serait alors la véritable marge pour la création avérée ?
Celle qui cherche et qui déroute, celle qui se refuse à faire du théâtre (de rue, de salle, de cave ou de grenier) un bouquet apolitique de bruits, de gesticulations, de shows nivelés, de la chair à chaland, de la référence télévisuelle kitch-triste… du consensus ?

Le théâtre n’est pas le lieu des historiens ni celui de la littérature.
Ce n’est pas l’endroit gardé de quelques élus institutionnels.
Notre théâtre est bâtard. Il est né du mélange des genres et des gens.
Il n’a pas de ligne qui le cloisonne en une citadelle imprenable parce qu’inimaginable.
Il est vivant, il glisse, il se déplace, se contredit ; il ne se range pas. Il inquiète.

En quinze ans, Dérézo n’a cessé de pilonner les archétypes de l’industrie culturelle toujours prête à nous faire avaler qu’elle invente tout, et qu’elle est la seule détentrice du plaisir, elle veut organiser le chaos.
Notre arme – fut-elle poétique – s’est nichée dans les regards de tous ces publics, témoins surpris de nos entreprises transdisciplinaires. Et cela en ville, à la campagne, à l’étranger, dans les théâtres nationaux, les festivals d’ici ou d’ailleurs…

L’énergie subversive qui nous meut nous présente comme d’incessants passeurs de frontières.
Notre époque est une fabrique de frontières – géographiques comme symboliques.
Voyageurs de type prométhéens, nous les traversons.
Le temps de créer la pensée d’un art pour aujourd’hui.
Le temps de créer l’art de nous penser aujourd’hui.

Nous sommes des voyageurs qui n’oublions pas d’où nous venons.
Les frontières sont faites pour être débordées, elles ne sont pas limites, elles sont lisières.